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Le Terrier

PIECE DE THEATRE

Synopsis :

Première approche du texte de Kafka, le spectacle mis en scène par Patrick DESHAYES au théatre des deux rives pose la question de la traduction du texte.
Patrick DESHAYES va donc commencer une nouvelle traduction.

Cette nouvelle porte le titre allemand de der Bau. Ce titre, d’ailleurs donné par ce même Max Brod, a été traduit en français par la quasi-totalité des traducteurs par « Le terrier ». Les traductions espagnoles lui préféreront souvent la obra, ce qui signifie l’œuvre, l’ouvrage.
Or, Bau est un terme allemand polysémique et Kafka en joue en permanence dans son texte. On ne sait pas toujours à quel type de « Bau » il se réfère. Ce terme apparaît plus de quatre-vingt-dix fois dans une nouvelle qui comporte une quarantaine de pages ; et ceci sans compter les termes incluant la racine Bau comme dans Erbauer (constructeur) ou dans Baumeister (maitre d’œuvre) et bien sûr dans la forme verbale bauen (construire).
Traduire ce substantif Bau par l’unique terme français de « terrier », qui ne fait pas partie, comme nous allons le voir, de ses traductions premières, induit une lecture univoque et transforme le personnage narrateur en être obsédé par son enfouissement. Or ce n’est qu’agglutiné au nom d’un animal que Bau prend son sens de terrier. Par exemple, pour nommer le terrier d’un lapin on peut dire en allemand Kaninchenloch ou Kaninchenbau. Ainsi « terrier » n’offre qu’un sens latéral de Bau.
Par contre, en tentant de restituer au plus près la traduction littérale de ce mot, on voit que c’est bien une construction complexe, tant architecturale que mentale, que nous décrit ici Franz Kafka.

Nous sommes dans la tête de cet homme, qui fourmille de ses pensées contradictoires. Il a construit son refuge à l’image de sa pensée, une construction tortueuse, labyrinthique, dialogue constant entre lui et lui-même, animé par la peur de l’autre, de l’étranger. La paranoïa et l’angoisse comme un simple miroir de nos frayeurs.

En 1917, on diagnostique chez Kafka la tuberculose, maladie dont il meurt en 1924. Max Brod raconte que Kafka parlait de sa toux comme d’une bête, il avait l’habitude de l’évoquer comme « l’autre » ou « l’ennemi ».

Avant de mourir, Kafka donna l’ordre, à son ami Marx Brod, lui-même écrivain, de brûler toutes ses œuvres. Si on peut les lire aujourd’hui, c’est que son ami en décida autrement. Fuyant le nazisme, Max Brod partira en Palestine, emportant dans ses valises les manuscrits de Kafka.

Les trois sœurs de Kafka, elles, périront dans les camps de la mort.

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